Chroniques du changement - épisode 2 : la réaction en chaine
La réaction en chaine. Changer, c’est à mon sens d’abord, prendre conscience. Qu’importe de quoi nous prenons conscience : fumer c’est mauvais, je ne sens pas bon, je suis fumiste, … dans tel ou tel domaine de ma vie, je ne suis pas en accord avec moi-même. Prendre conscience puis : vouloir changer.
Le mental produit un imaginaire qui vise à nous maintenir dans l’équilibre dans lequel nous sommes, il cherche à maintenir le système en place puisqu’il fonctionne correctement ainsi et que changer, c’est prendre le risque d’un moins bon fonctionnement, c’est prendre le risque de consommer plus d’énergie et de finir en panne. Pour cela, il utilise tous les stratagèmes à sa disposition : la peur (si je change, je n’aurai plus ceci ou cela), l’appât d’un gain (si je ne change pas, je gagnerai ceci ou cela), le découragement (je n’arriverai pas à changer complètement), … Au fur et à mesure de votre processus de changement, les stratagèmes se font de plus en plus pressants et de plus en plus fins « un pot avec mes potes, ça ne va pas me tuer n’est-ce pas ? » au moment où vous arrêtez de boire ou quand vous êtes en pleine période de révision. Mais, quand notre volonté de changement est plus forte, aucune de ces techniques ne fonctionnent et voilà que vous avez arrêté de boire, vous vous exprimez en public sans la moindre appréhension ou perdez du poids, parfois même, on change radicalement de vie. C’est à ce moment que la réaction en chaine commence et toujours pour votre bien.
Imaginons une carte géographique de votre région, imaginons maintenant qu’une autorité quelconque décide de fermer l’axe principal (cette avenue, cette autoroute ou cette nationale). Que va-t-il se passer ? Tous les flux habituellement absorbés par cet axe vont devoir se répartir sur d’autres axes. Une partie des usagers va choisir de suivre la déviation indiquée par les services de la voierie, d’autres vont essayer d’autres chemins plus ou moins hasardeux et selon le chemin choisi, ils.elles trouveront des cul-de-sac, de merveilleux paysages ou un restaurant qu’ils.elles ne connaissaient pas.
Il en va de même de nos pensées. Une pensée ne vient pas de nulle part. Elle est le fruit de nombreux facteurs (toutes les routes qui alimentent l’axe principal) comme votre environnement (géographique, social, émotionnel, …), vos croyances sur vous-même, le monde, la réalité (si vous croyez que l’avion est dangereux vous voyagerez moins et aurez une moins grande connaissance des pays étrangers), vos expériences, vos valeurs, vos peurs, etc. Chacun de ses facteurs est influencé par l’extérieur (famille, entourage, media, réseaux sociaux, …). Tout ceci explique pourquoi les neuroscientifiques comparent la fabrication d’une pensée à un vol d’étourneaux : pour chacune d’elles, les influences sont multiples et variables mais à la fin, le vol se finit toujours sur le même groupe d’arbres pour la nuit.
Il fait beau aujourd’hui
Prenons une pensée, n’importe laquelle : « il fait beau aujourd’hui ». Selon l’endroit où vous habitez, les jours qui viennent de passer, la saison, votre travail plutôt en intérieur ou en extérieur et les informations données par la météo, cette simple phrase pourra décrire un grand soleil, un ciel nuageux ou même un crachin. Cette affirmation est le fruit d’une multitude de données liées à votre expérience elle-même influencée.
Revenons à notre axe fermé. Imaginons que, dans le monde des pensées, cet axe s’appelle « je ne veux plus regarder la météo à la télé ou au-travers d’un media quelconque ». Vous allez donc devoir passer par un autre chemin, inventer, vous adapter au risque de mettre un t-shirt un jour de pluie. Votre premier sentiment sera peut-être la peur : celle d’être trempé.e, frigorifié.e ou même ridicule avec des habits inadaptés. Pour vous passer des media, il est probable qu’avant tout, vous utilisiez vos yeux et regardiez le ciel. Si vous habitez dans une grande ville au 1er étage, votre vue sera très limitée mais comme la météo est importante pour vous, avant de prendre une décision vous sortirez quelques minutes, trouverez une vue plus dégagée et vous ferez une meilleure idée du temps qu’il va faire. Durant cette première sortie vous pourrez déjà connaître la température de l’air (expérience personnelle plutôt qu’influence extérieure). En cherchant un meilleur lieu d’observation, vous croiserez peut-être une connaissance avec qui vous échangerez quelques mots et qui vous invitera à boire un verre, lors de ce rendez-vous il.elle vous parlera de son métier qui vous passionnera ou vous rebutera mais votre vision du monde changera sur ce sujet. Vous découvrirez peut-être un nouveau magasin dans lequel vous entrerez et où vous achèterez un petit cadeau pour un.e ami.e dont c’est l’anniversaire et vous le.la rendrez heureux.euse, ce bonheur déclenchera tout un tas de processus qui, in fine, feront que vous sortirez avec lui.elle et serez à votre tour heureux.euse. En cherchant ce point de vue dégagé vous réaliserez que vous ne voyez pas le ciel de chez vous, qu’avant – quand vous regardiez la météo – ça n’avait pas d’importance mais qu’aujourd’hui, c’est ennuyeux. Vous prendrez alors la décision de déménager dans un étage plus élevé ou à la campagne. Là, quand vous regarderez le ciel vous verrez plus loin et votre esprit s’habituera lentement à moins anticiper tout et n’importe quoi et à plus observer, de là, votre confiance en vous augmentera (puisque vous observerez la réalité et n’anticiperez plus des peurs) ainsi que votre connaissance des phénomènes météorologiques et vous trouverez absolument normal et plus sûr de regarder le ciel plutôt que la télé pour savoir le temps qu’il va faire. Ainsi, si l’axe principal ou un axe secondaire est fermé, les flux devant trouver un autre chemin, ils construiront d’autres routes plus fluides du fait des nombreuses prises de conscience que cette fermeture aura générées.
J’en conviens, l’exemple est un peu simpliste et très raccourci, mais vous le voyez, en partant d’une pensée totalement banale où l’on peut arriver uniquement par réactions en chaines. Alors imaginez si votre pensée initiale est « je suis fumeur.euse », « je suis dépressif.ve » ou « je n’ai pas confiance en moi », imaginez les changements si l’une de ces pensées n’est plus valide. Il est probable que ce que vous imaginiez soit justement vos peurs (que vais-je faire à la place de fumer, qui s’intéressera à moi si je ne suis plus triste, qui m’aidera si j’ai confiance ?) et que ce sont ces peurs qui vous empêchent de changer. Une fois celles-ci travaillées, quels chemins trouverez-vous ? Par quelles nouvelles routes votre esprit va-t-il passer pour former de nouvelles idées, une nouvelle façon de vous envisager vous-même ? Deviendrez-vous artiste en utilisant le temps libéré par la cigarette, découvrirez-vous de nombreuses personnes en étant moins triste et augmenterez-vous ainsi drastiquement le nombre de vos ami.es ? Vous aidera-t-on dans des domaines que vous ignoriez totalement et découvrirez pour votre plus grande joie ? Je ne sais pas, mais je sais que nos peurs protègent nos plus grandes qualités et qu’à la fin de la nouvelle route empruntée par vos pensées, c’est là que vous arriverez.
C’est par ce mécanisme de la réaction en chaîne, d’abord freiné par de nombreuses peurs alimentées elles-mêmes par des résistances que l’on passe d’une vie tranquille de cadre citadin.e à une vie de campagnard.e (dans mon cas, bien plus aléatoire mais bien plus heureux.euse). C’est souvent en passant par des zones d’inconforts, essentiellement liées à des peurs imaginées par des pensées que l’on arrive là où notre nature profonde nous pousse, là où les pensées sont plus fluides et moins consommatrices d’énergies, énergie qui est dès lors rendue disponible pour d’autres choses que seulement penser, anticiper, éviter le danger. Le cerveau est ainsi fait que le mécanisme qui le pousse à ne pas changer pour ne pas consommer trop d’énergie est aussi celui qui fait que lorsqu’il a trouvé un meilleur équilibre, il le préserve. Il cherche le mieux pour nous en permanence mais il faut parfois le secouer un peu au départ.