Pourquoi j'ai créé les Heures Étoilées
Pour ceux.celles que cela intéressent, voici raconté en quelques minutes pourquoi et comment j’ai créé ce lieu, comment un « tiers lieu » thérapeutique est né au cœur de la Suisse Normande.
Avant de me former à l’hypnose, j’étais directeur marketing digital, un monde m’en sépare aujourd’hui. Ce métier consiste entre autres à anticiper, à imaginer ce qu’il va se passer demain et même à tenter d’influencer ce « demain » … autant le dire tout de suite, rien dans la création de la Ferme thérapeutique n’a été prévu, elle s’est imposée à moi bien plus que je ne l’ai désirée.
Un long travail sur soi
2016 après un épisode compliqué de ma vie, je décide de me former à l’hypnose thérapeutique et découvre par la même les bienfaits du travail sur la psyché. Quand on se forme à ce genre de métier, on commence par s’exercer sur soi-même. Je ne le savais pas encore mais j’allais ouvrir une Boite de Pandore poussé par ma conviction qu’on ne peut accompagner que si on s’est exploré soi-même aussi profondément que possible. J’allais donc voir des thérapeutes de tout poil et me heurtais parfois à des spécialistes qui, loin de m’aider sur mes difficultés du moment m’apprendraient surtout celui que je ne voulais pas être ! Un psychiatre m’installe dans une salle d’attente de 4m de long, 1m de large et sans fenêtre pour me recevoir face à son bureau où il est assis sur un fauteuil 20cm plus élevé que celui sur lequel je suis (un petit désir de domination?), une hypno me recevant masquée pour me « protéger de son rhume » mais accompagnée de son chien, me demande de m’installer confortablement puis, voyant que je n’ai pas mis les pieds sur son repose pieds me redit « je vous ai dit « confortablement » ! » décidant pour moi ce qu’est le confort ; une « shaman » qui finit la séance en me disant « faites attention de ne pas vous suicider ! », suggestion la pire qu’on puisse faire, qui plus est stupide puisque j’étais très loin de cette idée, ou encore cette psychanalyste très réputée à qui je dis que je suis fauché et qui termine en me proposant un stage à 2000€. Tout ceci sans compter celles et ceux qui, à la minute où le rendez-vous prend fin, me coupe la parole et me disent « à la prochaine fois » sans se demander si par hasard j’avais un truc important à dire. Je vous rassure, j’en ai vu des (très) bien : hypnothérapeutes, psychologues et même shamanes entre autres.
Grâce à eux, le temps, l’argent et l’environnement allaient être des éléments qui deviendront aussi importants que l’accompagnement en lui-même.
De la théorie à la pratique
Après ma formation, j’ai mis un an à oser faire une séance, la responsabilité me semblait importante, je « devais » aider mon client. Ma première séance fut une véritable catastrophe, j’en souris aujourd’hui mais à l’époque, la honte me paralysait. Les années passèrent, les client.es devinrent de plus en plus nombreux.euses à Paris ou Strasbourg et les demandes de plus en plus denses. L’hypnose est plutôt réputée pour arrêter de fumer et perdre du poids, moi, les gens venaient me parler de dépression, de viols ou d’incestes, de cancers ou de maltraitance conjugale, comment dès lors, leur dire « l’heure est terminée, on en reparle la prochaine fois » ? D’un point de vue théorique, ça n’est peut-être pas académique mais je n’en avais pas le courage. Régulièrement donc, mes séances dépassaient largement l’heure pour parfois aller au-delà des deux heures. Le temps s’allongeait, l’espace disponible aussi.
Quelques temps avant le confinement je rencontrais cette femme dont je sentais qu’elle avait besoin d’espace pour s’exprimer, un jour, sans y avoir réfléchi, je lui proposais de faire notre séance dehors, en marchant dans la rue. Tout d’abord surprise elle accepta et nous passions 2 heures entre discussions sur les trottoirs et expériences hypnotiques sur un banc dans un parc. Le plus intéressant fut de voir à quel point l’environnement changeant (contrairement à celui d’un cabinet) pouvait nous aider à avancer dans la direction juste pour elle. Après le temps, c’est l’espace qui s’agrandissait, pourquoi se limiter à 4 murs ? Pourquoi ne pas recevoir les gens dans la « vraie vie », précisément celle qui leur cause des difficultés ? Cette phobique de la rue, quelle logique y a-t-il à la recevoir dans un bureau ? Pourquoi ne pas la mettre en contact doucement avec ce qui lui fait peur dans un cadre sécurisé ? Pourquoi se cantonner à un bureau quand la vie nous donne tout ses outils ?
Dans ma vie citadine, ma pratique avait déjà beaucoup évoluée passant d’espaces fermés à ouverts, de temps limités à ce dont il y avait besoin. Le cheminement n’était pas fini.
La fin de l’hypnose
A l’apogée de ma pratique, grâce à une thérapeute que je ne remercierai jamais assez, je rencontrais les “plantes médecines” amérindiennes : salvatrices mais dures, justes et profondes, elles travaillent là où il y en a le plus besoin, nous mettent face à nos contradictions, même celles dont nous n’avons que peu conscience, elles nous transforment, nous modèlent à notre image, celle que nous nous faisions semblant d’ignorer. Rien ne peut être caché. Un long processus allait s’engager, remettant en cause nombre de mes croyances et ma façon d’appréhender mon métier. Du jour au lendemain, je perdais la pratique de l’hypnose « formelle » réalisant du même coup à quel point mon métier m’était essentiel et m’obligeant à explorer d’autres techniques pour pouvoir continuer de le pratiquer sans me « cacher » derrière la « baguette magique » que l’on imagine souvent être l’hypnose : dormez, abracadabra, tout va mieux. Non, ça n’est pas ça ! Il faut écouter, entendre, comprendre, suivre, cheminer avec l’autre et puis l’accompagner, le pousser parfois et là, si une forme de confiance a pu s’installer, il.elle peut changer, profondément, devenir autonome, construire sa route, comprendre ses propres fonctionnements et avancer, sereinement, sur un chemin qu’il.elle n’aurait peut-être jamais dû quitter, pousser dehors par des traumas ou des croyances « introjectées » qui ne lui appartenaient pas.
En perdant l’hypnose j’ai dû tester, pratiquer une multitudes d’autres techniques qui ont fini par s’additionner les unes aux autres mais la plus belle, la plus efficace, c’est la relation. La relation avec l’autre bien sûr mais pas seulement, la relation avec l’environnement, celui qui entoure l’autre, le vôtre, les interactions simples de la vie dans ce qu’elles ont d’enseignant, les synchronicités bien plus nombreuses dans un environnement vivant que dans la ouate d’un cabinet blanc. La relation c’est le miroir par lequel chacun de nous se voit et peut changer.
La vie dehors
En 2020, poussé par les événements et ce que d’aucun nomment le hasard, j’ai acheté un terrain en Suisse Normande, à 3 petites heures de Paris. La première fois que je l’ai visité, c’était en novembre, il pleuvait et j’ai tout de suite compris que c’était ma place. Rapidement j’ai pris un chien « Nova » qui m’accompagne toujours, j’ai entamé les travaux puis un chat (Exo) s’est imposé, il a croisé une chatte sauvage qui a fait 2 petits, l’une est restée – Karaba – qui a son tour a fait des petits et Caasi est restée elle aussi. Vinrent les chèvres et les poules, les chèvres, trop nombreuses, finirent par ne plus avoir assez à manger et j’ai dû leur trouver – la mort dans l’âme – des prés plus dodus (d’autres arriveront bientôt). Furia, le cheval ne s’est pas imposé mais quand je l’ai rencontré je n’ai pas eu le choix et puis vint Oscar l’âne.
Durant 5 ans, je me concentrais sur la fabrication de la maison et l’aménagement du lieu grâce notamment à l’apport de dizaines de woofers de de belles rencontres bien que le plus souvent éphémères. Je faisais mon métier sans le faire, en aidait certain.es, j’apprenais encore et toujours mais cette fois, dans la nature, avec des animaux et un chantier, leurs affres, leurs contraintes, les responsabilités qu’ils créent et les changements qu’ils obligent. Sans le vouloir je me trouvais finalement au centre d’une vraie ferme, 2 potagers s’étaient lentement construits, 2 serres aussi. En mettant les pieds dans la terre et les mains dans les outils, je me transformais lentement, entouré de cette couleur verte dont on sait qu’elle calme, en profondeur.
L’argent
A Paris ou à Strasbourg, certain.es de mes client.es se saignaient les 4 veines pour venir me voir, combien d’autres n’y pensaient même pas tellement cela leur semblaient sans doute hors de leurs possibilités ? Certes, j’intervenais aux « hypnos du cœur » (disparus depuis) mais le côté privilégié de l’hypnose (et de nombre d’autres thérapies) me convenait de moins en moins, les tarifs d’alors – entre 80 et 120€ la séance dans les grandes villes me semblaient difficilement justifiables ou plutôt, je ne cessais de me demander pourquoi tout le monde devrait payer le même prix alors que certain.es ont les moyens d’autres pas et que, bien souvent, les problèmes les plus lourds et longs à accompagner sont vécus par les plus en difficultés. J’entamais un projet qui répondais à la question mais que, faute de temps, j’ai dû pour l’instant remettre à plus tard et décidais, pour moi même de pratiquer les tarifs libres, au moins, je me sentais plus à l’aise, car oui, quand on est thérapeute, on se « soigne » autant qu’on le fait pour les autres.
Un beau jour : Les Heures Étoilées
4 ans après avoir acheté le terrain, alors que le chantier n’était pas encore terminé et que par ailleurs je faisais mon métier le long de la rivière ou au coin du feu, à pieds ou à cheval, en séances de 20 minutes ou de 3 heures, je me retournais et constatais que la ferme thérapeutique s’était créé toute seule, dans mon dos, sans que je ne décide de rien pour cela.
Depuis que j’avais lu, vers mes 30 ans, un livre merveilleux de Stephan Zweig : « Les Heures Étoilées de l’Humanité », je m’étais juré que si un jour je construisais quelque chose, je le nommerai « Les Heures Étoilées ». Ce livre parle de gens plus ou moins connus qui, un instant de leur vie, croisent leur destin. Devant cet instant, que choisissent ils ? De le suivre, de l’éviter ou même de se faire déborder par lui ? Ils ont le choix, conscients ou pas, j’ai commencé, je crois, par me faire déborder.
Quelques années plus tard, j’ai appris l’existence de la psychothérapie institutionnelle (nom très mal choisit à mon goût) et ai réalisé que c’était précisément ce que je faisais. Il s’agit de considérer que tout participe à la thérapie : les séances bien entendu, mais aussi la relation, le cadre, la nourriture, les activité annexes, les rencontres, … tout. Pourquoi la thérapie serait elle différente de la vie ? C’est la vie qui nous a abimé.es, elle peut donc nous aider à y revenir non ?
Le cabinet est devenu un lieu de 7 hectares, l’heure de la séance est devenu séjour, le cadre relationnel contraint est devenu vie en commun, les tarifs sont devenus libres, les outils sont devenus multiples en plus de l’hypnose, mon cadre a explosé mais il s’est aussi affirmé et l’autonomie que je souhaite pour mes clients se construit ici chaque jour dans les faits car l’expérience et l’exemple sont pour moi deux piliers essentiels, la psychologie n’est pas théorique, elle est pratique, quotidienne et ancrée dans le réel. La Ferme Thérapeutique des Heures Étoilées est née d’elle même, je l’ai créée parce qu’elle m’a créé.
La Ferme Thérapeutique des Heures Étoilées n’est pas seulement un lieu de repos, de ressourcement et de reconstruction, c’est aussi et surtout un lieu de travail thérapeutique susceptible de vous accompagner vers ce que vous voulez vraiment.
En quelques mots, j’ai créé Les Heures Étoilées parce que mon expérience m’a convaincu que a psychologie ne se résume pas à la psychologie, nombre de scientifiques considèrent par exemple que nous savons bien plus que ce que nous croyons savoir et que le cerveau n’est pas qu’un objet dans une boîte. Dès lors, réduire nos difficultés à ce qu’il se dit ou se passe entre les quatre murs d’un cabinet ou dans les 60 minutes d’une séance me semble trop simple, pas assez vaste, pour déployer ses ailes, il faut de l’espace et des horizons. De même que tout notre environnement passé, présent et futur participe à nous créer, il est notre meilleur allié pour nous faire changer. A la Ferme Thérapeutique, tout contribue à la thérapie, tout est là pour vous accompagner vers les premiers pas de votre nouvelle vie, si vous le désirez.