Les mots que nous utilisons nous font-ils du mal ?

L’hypnose, comme vous le savez, utilise les mots. Le premier d’entre eux, au moins dans notre inconscient collectif, symbole des hypnotiseurs de spectacle est « dors ». Regardez Mesmer, tout est dans le choix des mots. Mais nous-mêmes, utilisons-nous aussi des mots pour nous endormir ?

Dans « 1984 », Georges Orwell invente la « Novlangue » : grâce à tout un tas de nouvelles règles et mots, elle permet d’interdire toute pensée subversive et même, à terme, l’impossibilité d’avoir un début de pensée critique (voir ici). Il s’agit d’un roman d’anticipation (publié en 1949) et plus récemment « Idiocraty » ou « Land Of The Blind » mettent en avant les mêmes mécanismes qui empêchent de penser, mais, n’y a-t-il vraiment aucun point commun avec la façon que nous avons de nous hypnotisé.es nous-mêmes ? Quels mots employons-nous pour nous décrire ?

Dans un précédent article, je parle des histoires que nous nous racontons. Les histoires sont faites de mots, les mots, crées l’histoire. « Je suis fumeur », « je n’ai pas confiance en moi », « je ne suis pas un bon pilote », autant d’exemples entendus à de multiples reprises qui contribuent à créer le problème pour lequel on est venu me voir … Vous ne voyez dans ces exemples peut-être aucun motif de s’y arrêter et pourtant, suivant le contexte, et répétés sans cesse, ils peuvent avoir un impact déterminant sur nous-mêmes au sens où ils ferment la porte de notre propre réflexion ou rendent la solution plus compliquée à trouver.

L’identification

Sentez-vous la différence entre « je suis fumeur » et « je fume » ? Dans un cas, vous parlez de votre identité, comme si vous me disiez « je suis Alain » (ou Pierre ou Sylvie) ou « je suis blond ». Ce sont des vérités quasiment immuables et auxquelles on ne peut rien changer à moins d’utiliser des artifices comme de la teinture (mais vous resterez blond au fond). Dans l’autre cas, vous parlez d’un état qui est transitoire, il peut changer demain matin ou dans 10 ans, mais il n’est pas inscrit dans le marbre. Selon vous, qu’est ce qui est le plus facile : changer d’identité ou arrêter un comportement ?

La généralisation

Dans « je n’ai pas confiance en moi », il pourrait manquer un élément fondamental : le contexte. Est-on certain.e que l’on n’ait globalement pas confiance en soi ou seulement dans certaines circonstances (la drague, le fait de parler en public, pour faire un gâteau, …). En généralisant, on s’empêche de voir un élément décisif : que l’on sait avoir confiance en soi dans d’autres situations. En cherchant à être précis, on va rapidement s’apercevoir qu’on a déjà la ressource, qu’elle est déjà en nous, que nous savons déjà ce qu’est d’avoir confiance en nous et que donc, la phrase « je n’ai pas confiance en moi » tendant à généraliser le problème est tout simplement fausse. On peut dire « je n’ai pas confiance en moi quand je fais des pâtisseries » et là, le problème devient tout à fait différent et beaucoup moins compliqué à surmonter n’est-ce pas d’autant qu’en généralisant, on sape notre confiance en nous ? D’après vous, qu’est ce qui est le plus facile à changer ou même à éviter : le fait de n’avoir pas confiance en soi ou celui de ne pas avoir confiance en soi quand on cuisine ?

Le changement d’échelle

La phrase « je ne suis pas un bon pilote » était dite dans un contexte précis : la conduite du quotidien (où il s’agit plus de conduire normalement que de piloter). En choisissant d’employer le mot « pilote » qui renvoie à une élite de la conduite (automobile, aviation), on se diminue dès le départ, on rend l’objectif inatteignable ou en tous cas au prix d’efforts bien plus importants. De fait, un très bon conducteur du quotidien peut très bien être un piètre pilote mais ça n’aura aucune importance dans sa vie de tous les jours. En employant le mot « pilote », on contribue à créer un problème là où il n’y en a pas : on se met en situation potentielle d’échec là où la situation en question a très peu de chance d’exister (sauf si on l’assimile au quotidien) En l’occurrence, c’est ainsi que l’on grignote peu à peu la confiance que l’on a en soi.

Je pourrais vous donner 1000 exemples de formulations qui – à elles seules – participent à créer nos difficultés voire les créé complètement. Cette langue que nous utilisons pour parler de nous-même n’est rien d’autre que de l’hypnose, elle nous endort pour nous empêcher de voir que nous pourrions changer (rappelez-vous, le changement est coûteux en énergie). Je vous invite simplement (sans tomber dans l’analyse systématique et constante qui serait contre-productive), à vous interroger sur la façon dont vous parlez de vos difficultés. Et si vous ne voyez pas dans votre discours quoi que ce soit qui vous interpellent, changez quand même les mots que vous employez, parlez de vous autrement. Commencez par exemple par employer des structures positives « c’est vrai » plutôt que « ça n’est pas faux » ou, quand on vous demande quand vous allez, « bien » plutôt que « pas mal » ou encore « avec plaisir » plutôt que « pas de souci » … Le cerveau ne comprend pas la négation dit-on, alors, il retient « faux », « mal » et « souci », dans quel monde préférez-vous vivre ?

Les mots que nous employons sont toujours précédés par des pensées (que nous en ayons conscience ou pas), nos pensées précèdent nos actes et nos actes ont des conséquences qui nous construisent lentement, ne pensez-vous pas qu’il serait bon de prêter un peu plus d’attention aux mots que nous employons (ainsi qu’à ceux que l’on nous fait entendre pour, peut-être, nous faire penser dans tel ou tel sens), ils sont comme la sève de l’arbre, avec le soleil, le terrain, les racines, ils font eux aussi que l’arbre est solide ou faible, que les fruits sont bons ou acides et que les graines qui viendront se développeront, végéteront ou seront tordues par les intempéries.

Si cela vous intéresse, vous pouvez m’écrire pour, tout simplement, me dire ce qui ne vous convient pas dans votre vie et si je peux vous aider à voir, uniquement dans les mots que vous employez, comment commencer à résoudre vos difficultés, je le ferai avec plaisir. Mais je gage que maintenant que vous avez lu cet article, vous y prêterez attention et que je n’aurai plus rien à faire 😊 … Et ce sera tant mieux, puisque mon but est précisément de contribuer à vous rendre autonome.

# Déshypnotisons-nous

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