Le vivant : matière première du thérapeute ?
Si vous me lisez, vous savez que j’évoque beaucoup « le vivant », souvent bien sûr en parlant de la nature, celle qui m’entoure aux « Heures Étoilées » faite d’animaux, de plantes sauvages ou domestiques, de météo, d’aléas et de risques, … mais pas seulement. Le « vivant » est aussi et avant tout en nous et nous serions bien mal inspiré.es de nous en extraire comme si nous ne faisions pas partie de « l’environnement », celui-là même qui semble se dérégler mais qui, aussi, nous constitue.
Le « vivant », malgré ce que l’on tente parfois de nous faire croire, est bien loin de n’être qu’un concept écologique que nous devrions préserver au nom de notre responsabilité d’humains. Certes, c’est aussi cela (n’en déplaise aux climato-sceptiques) mais en posant les choses ainsi, on sous entend que l’humain n’en ferait pas complètement parti. En évoquant ainsi la question on créé déjà le problème et, pire, on l’amplifie. Même Olivier Hamand , pourtant figure de proue de cette question, dit dans l’une de ses vidéos « le vivant est partout autour de nous », disant cela, il a évidemment raison mais je ne peux m’empêcher de noter qu’il oublie de dire que nous sommes le vivant au même titre qu’une limace, un arbre ou un dauphin, nous ne sommes pas que des spectateurs, nous sommes le spectacle.
Nous sommes le spectacle
L’une des raisons selon moi, pour lesquelles nous en sommes arrivés là est notre besoin collectif de sécurité qui nous pousse, depuis des siècles, à réduire les aléas de la nature et à tenter de contrôler le vivant pour nous protéger de ses sautes d’humeurs. Il semble que nous arrivions à des extrêmes de moins en moins évidents à juguler et que faisons-nous ? Nous cherchons à les contrôler : même risque, même stratégie … même issue. « La folie serait de recommencer toujours avec les mêmes solutions alors qu’elles ne fonctionnent pas » comme dirait l’autre (Einstein, parait-il) ! L’humain continue de vouloir s’extraire de la vie, même si, par les temps qui courent, ce serait pour la bonne cause, il n’empêche, il se voit toujours comme « à l’extérieur ». Et bien non, il est dedans et est soumis, qu’il le veuille ou non, aux mêmes règles, à commencer par la première d’entre elles : la vie nécessite la mort. Avez vous remarqué comme on ne voit plus la mort ? Combien de cadavres avez-vous vu en vrai ? Combien de convois funéraires dans la rue ? Peut-être aucun. La mort semble ne plus exister, elle est cachée, honteuse. Dans certaines cultures elle est montrée, les corps sont exposés mais en occident, elle n’existe plus.
Le vivant de l’extérieur est donc devenu dissocié de nous, nous n’avons quasiment plus qu’un lien de subordination avec lui, un lien qui s’est inversé avec les siècles : hier il nous dominait, aujourd’hui, c’est l’inverse. Mais, il existe aussi un vivant de l’intérieur : tout ce qui nous constitue et que, il faut bien le dire, nous ne traitons parfois pas beaucoup mieux. Et, lui aussi, nous tentons de le mettre « en dehors » si ce n’est dans la réalité, au moins, dans nos préoccupations ou dans notre champ visuel. Les mouchoirs sont devenus en papier pour que nous puissions les jeter bien loin, les couches culottes itou et le simple fait de parler de vomi écœure nombre d’entre nous alors qu’il s’agit d’une défense on ne peut plus naturelle qui peut nous sauver la vie. Certes, l’intention est pratique (et peut-être un peu commerciale) mais elle a une conséquence : ce qui vient du corps doit en être extrait, c’est au mieux sale, au pire, dangereux. Si on s’arrêtait à nos déjections ça pourrait peut-être aller mais en plus, aujourd’hui, on agit pareil avec cette autre chose qui vient de l’intérieur : les émotions. Il faudrait les « gérer » ou les « contrôler ». Tout ce qui est naturel doit être maîtrisé ! Et si on les rencontrait pour voir ce qu’elles ont à nous dire plutôt que de vouloir les rendre silencieuses ?
C’est quoi le vivant en nous ?
Quand, aux Heures Étoilées, nous mettons le vivant au centre, nous ne parlons pas seulement – loin s’en faut – de l’environnement, des plantes et des animaux … nous parlons aussi et peut-être avant tout du vivant en nous. Ce vivant là, pour résumer, c’est tout ce qui bouge encore ! Ça n’aura échappé à personne, quand nous sommes mort.es, nous ne bougeons plus. Et bien, quand nous sommes vivant.es, tout ce qui ne bouge plus est un peu mort.
Mais alors, me direz-vous, qu’est ce qui ne bouge plus quand nous sommes encore vivant.es ? Et je vous répondrai de façon un peu générale : nos automatismes. Attention, je ne parle évidemment pas de tout les automatismes. Les battements du cœur, la respiration ou la digestion sont tout à fait vivants et nous serions bien inspiré.es de les laisser tranquilles. Non, je parle de tout ces automatismes que nous n’interrogeons plus, ceux qui se sont créés avec le temps, que nous avons mis consciemment ou inconsciemment en place parce que c’était plus simple ou plus confortable et qui finissent parfois par quasiment nous définir (la cigarette ou l’alcool étant les exemples les plus simples).
L’automatisme, c’est notre côté « machine », ces gestes, ces comportements, ces croyances ou même ces pensées qui ne sont plus incarnés, que nous subissons plus que nous ne les créons. Posez-vous la question : combien de fois par jour faites-vous des choses sans réellement en avoir conscience ? C’est assez facile à repérer dans le domaine du « faire », ça se complique un peu dans le domaine du « penser » mais les mécanismes sont les mêmes : automatiques. Chaque matin vous faites les choses dans le même ordre ? Vous choisissez vos habits sans vous demander pourquoi ? Vous prenez le même chemin pour aller travailler ? Et si vous allumiez la lumière ? Si vous faisiez un pas de côté, si vous redécouvriez un peu plus de votre monde ? Vous voyez, il n’y a rien d’extraordinaire à faire, simplement tourner la tête, lever les yeux, regarder ce que vous ne regardiez plus, écouter ce que vous n’entendez plus, toucher, sentir. Quoi de plus simple ?
Et vos pensées … prenez le temps de les écouter vraiment, par exemple, dans votre voiture sur le chemin du travail, coupez la radio et écoutez les, vous allez entendre tout un tas de choses passionnantes qui viennent de vous : vos croyances, vos peurs, vos joies, vos envies et vous allez aussi vous apercevoir de tout ce que vous n’interrogez plus, du nombre de fois où vous vous traitez vous même de « con.ne » parce que vous avez soi-disant mal fait ou oublié telle chose, et là encore, un monde extraordinaire va s’ouvrir devant vous : vous.
C’est tout cela le vivant, c’est la totalité des relations que nous entretenons avec le monde intérieur et extérieur, comment nous le nommons, comment nous l’empruntons, comment nous l’utilisons. Ces millions d’instants qui, cumulés, font de nous ce que nous sommes sans que nous l’ayons réellement décidé.
Le vivant c’est la relation, la rencontre, elle peut être consciente ou subie, elle peut être avec l’autre ou avec nous même, elle EST et FAIT ce que nous sommes, ne serait il pas intéressant de la regarder et éventuellement de la rendre plus vivante ?