Je suis l'obsolescent programmé

Hier, dans les années 70, quand mon père achetait une voiture, il en était fier, il trouvait le design innovant (c’était important pour lui le design). Puis, ma mère eut envie d’un ordinateur, c’était tellement innovant. La voiture et l’ordinateur allaient durer des années. C’était hier.

je suis l'obsolescent programmé

Une industrie entière, celle de la « création du besoin » initiée par le magnétoscope était en train de naître. Cette industrie ne devait, pour vendre, qu’innover. Et comme elle créait le besoin, il suffisait presque de dire que c’était nouveau. Mais, puisque c’était simple, il fallait que la machine (celle qui produit) tourne vite, sinon, tout le monde serait équipé de son rêve et n’achèterait plus rien. Alors, on a inventé l’obsolescence programmée : c’était simple là aussi : il suffisait de dire à la machine : dans 5 ans tu t’arrêtes (c’est bien 5 ans non ? c’est juste l’extension de garantie. Bon, va pour 5 ans ? OK : 5 ans). Le tour était joué. Tu profites de ta machine pendant 5 ans, nous, pendant ce temps-là, on te frustre un peu avec de nouvelles machines et quand ta machine casse, ça tombe bien, c’était juste le moment où tu n’en pouvais plus d’être frustré ! Tout allait bien dans le meilleur des mondes.

Dans les années 2000 est arrivé un nouveau concept : l’iphone. Ça n’a l’air de rien comme ça mais l’iphone ajoute à la création de besoin : l’affichage à l’extérieur du « j’ai atteint mon rêve les gars (et les filles) » et il fait ça grâce au fil blanc ! Oui, juste un petit fil blanc, celui des écouteurs. C’était la seule marque à mettre du blanc dans ses fils … il suffisait de le suivre pour savoir qu’au bout, il y avait l’iphone, LE téléphone révolutionnaire, … le rêve en silicium et en plastique ! Là, au bout de ce fil blanc, ceux qui étaient déjà frustrés au paragraphe précédent … devenaient comme des marmites, prêts à exploser ! « Je veux le mien » (je vous l’avoue, j’étais l’un d’eux … le principal c’est de changer non ?).

D’un coup, l’iphone avait ringardisé tous les autres téléphones ! Un massacre ! Bien qu’ils fonctionnassent encore tous très bien, c’est comme s’ils s’étaient arrêtés ! Nombreux furent ceux qui jetèrent leur Nokia pour acheter l’iphone. La création de besoin prenait un peu d’avance.

Puis vint … l’iphone 2, le phénomène fut alors discret, mais au numéro 3 puis au 4, la vague était lancée ! Le besoin n’avait même plus besoin d’être créé, il naissait au sein même de votre achat, vous étiez frustré d’acheter un objet déjà dépassé mais il vous le fallait ! Bingo, le graal ! Nous satisfaire tout en nous frustrant ! Tout l’industrie allait emboiter ce pas merveilleux, chemin doré vers la fortune et notre aliénation aux plaisirs de la drogue : il nous en fallait toujours un peu plus.

Nous voici en 2020, Elon Musk annonce qu’il a greffé des puces dans le cerveau de cochons et qu’ils vont très bien. Il ne s’en cache pas, ce milliardaire veut créer l’homme après l’homme, l’homme augmenté, celui qui sera plus fort, plus intelligent, en meilleur santé plus vieux. Ah, bien sûr, il faudra un peu d’argent sans doute et puis, des piles pour faire fonctionner tout ça (des batteries Tesla à n’en pas douter) et nous aurons besoin d’Elon pour nous faire tourner, et Elon sera devenu Dieu.

Nous voilà maintenant programmé pour notre propre obsolescence : bientôt, nous n’aurons plus nous-même la capacité de penser librement, noyés sous l’infobésité et le désir de posséder, engloutis par cette addiction sourde et masquée qui nous fait oublier de nous découvrir nous-mêmes, nus. Emportés par ces drogues qui ne disent pas toutes leur nom, celles qui nous privent de notre libre arbitre.

déshypnotisons-nous